Lundi 18 Juillet

Dernier surf sous spi entre les îles croates, dernier soleil couchant, derniers quarts, le port de Sibenik nous attend. On y retrouvera Sime notre hôte Croate qui nous a promis un bel accueil. 16 jours de mer, bien salée, bateau sec et soleil de plomb bientôt derrière nous. On se faufile entre les cailloux sauvages aux noms évocateurs qui me rappelle Tintin . Marco Polo sort tout droit d’une de ces îles, certaines sont ouvertes aux visiteurs depuis peu… îles mystérieuses !
On va devoir passer aux douanes et prendre un permis de navigation, avant d’aller livrer le bateau à Trinunj et à son propriétaire… pour quelques bords en Adriatique avant de rentrer en Bretagne.

Bonne nuit, Armel.

Mercredi 13 Juillet
on a quitté Alger , après avoir rempli nos 80 litres de gazoil, une escale magique, là où personne ne va, il n’y a d’ailleurs rien sur l’ Algérie dans les guides maritimes, pays moribond, délaissé, une guerre pas digérée ? On est rentré dans le port avec un vent du sud, chargé de toute la chaleur accumulée sur le désert, un vent brûlant et poussiéreux, presque suffocant, irrespirable. Apres les formalités douanières zélées mais courtoises, on se dirige vers le port de commerce, immense, errant entre les cargos, remorqueurs et carcasses rouillées à la recherche d’une pompe…Paysage de désolation, sous les regards incrédules de nombreux marins au commerce, un quai sale nous attend, avec 2 jeunes algériens avenants, assez interloqués de voir un voilier de course chez eux. On repart avec nos bidons, sous contrôle du garde côte, inquiet de nous voir reprendre la mer avec ce vent du djebel , sirocco peut-être , qui nous propulse vers la Sicile. C’est la nuit et on est torse nu, il fait 30 °, c’est surréaliste on est bien loin de la Bretagne, ses pulls et cirés !

A bientôt, Armel.

Dimanche 10 Juillet
La Méditerranée nous a pris, happés par un soir d’été, on pénètre avec violence ou quietude dans cet espace clos. Notre passage fut magique, abstraction faite du moteur lancinant qui peine à nous propulser, le decor est sompteux. Le trait d’union entre Afrique et Europe est si mince, une porte de 8 milles , on relierait presque les deux continents avec les bras. Pour mieux vivre cet instant de grâce, on a coupé les moteurs, pour mieux sentir cette mer lisse, miroitante, ce calme absolu si rare au large, toujours brinquebalés par un résidu de houle. Le soleil tombe, la nuit approche, on apprécie. Et puis moteur, ça tourne… 5 nds , 6 au mieux jusqu’au prochain pit stop gazoil ! en Algérie…

Armel a quitté la Trinité en début de week-end pour attaquer un long périple. Voici les 1ères nouvelles du bord :

« C’est bientôt fini l’Atlantique pour l’ex Monbana , d’ici 24h Fulcrum, le nouveau Class 40 ‘ de Marek, va s’engouffrer dans Gibraltar , pour ensuite longer l’Afrique , la Sicile, l’Italie, la Grèce puis la Croatie. Belle balade sur un beau bateau qui avance vite pour peu qu’il y ait du vent… ce qui est le cas en ce moment puisque nous déboulons le long du Portugal à 10-12 nds sous spi, saluant les carcasses métalliques aux cales remplies de Made in China !

La vie en mer en convoyage est toute autre qu’en course. Le pilote est à poste 24h/24h, la cambuse s’est agrémentée d’une poêle, d’une casserole, de légumes et fruits frais , d’une cafetière, oh combien réjouissante…. mmhh l’odeur du café frais et pain grillé au reveil !  Le tout accompagné de livres en tout genre que nos journées et nuits de quart nous laissent à loisir le temps d’apprécier.

C’est une autre manière d’aborder la mer et le large, différente encore de la croisière, où l’on flane de mouillage en port. Là nous avons un bateau à livrer et qui plus est un bateau de course. Ce sont des milles instructifs , des milles utiles pour la suite du programme en Class’ 40.

Mon second, Gunwall, douarneniste, surfeur et ami m’appelle sur le pont, il est temps d’empanner…. à bientôt. Armel