Ce matin du 24 décembre, c’est déjà la veillée de Noël pour Armel Tripon qui navigue avec douze heures de décalage horaire : quand il est 9 heures pour nous, il est déjà 21 heures pour lui. Une soirée de Noël inédite commence, si loin de sa famille et de son équipe. Dans la grande tradition du Vendée Globe, le skipper de L’Occitane en Provence a déballé ses cadeaux-surprises prévus pour l’occasion, tout en se battant pour gagner du terrain dans un vent qui forcit à 25 nœuds…

Noël seul en mer dans les cinquantièmes hurlants, c’est une expérience inédite pour le père de famille Armel Tripon. Loin de Nantes, de son épouse et de leurs trois garçons, le skipper de L’Occitane en Provence pense forcément à sa famille pendant ce jour particulier. « C’est la première fois que je passe Noël en mer, en solitaire », précise-t-il.
Dans la grande tradition du Vendée Globe, Armel est allé à la recherche de sacs de cadeaux surprises qu’il n’avait pas le droit d’ouvrir avant cette journée du 24 décembre. Et il y a trouvé de drôles de choses…

Des « bons pour », un pull moche qui clignote, une graine de sapin…

Myriam, Swann (8 ans), Edgar (13 ans) et Léo (16 ans) – sa femme et leurs trois garçons – lui ont offert entre autres des mini bouillotes pour réchauffer ses pieds et ses mains, mais surtout des « bons pour » tout ce qu’ils veulent faire avec lui quand Armel aura retrouvé le monde des terriens. Parmi ces bons il y a « une séance de karting avec papa », « un week-end de ski dans la vallée blanche », mais aussi des photos commentées, des cartes, des petits mots doux… « C’est touchant, ça fait chaud au cœur, c’est aussi grâce à ma femme et à mes enfants si je peux réaliser ce rêve de faire le tour du monde à la voile. Je pense fort à eux. Leurs petits mots sont révélateurs de leurs personnalités et ils me touchent. »

La course en solitaire est un sport d’équipe

On dit souvent que la course au large en solitaire est un sport d’équipe et c’est vrai. Le sac de cadeaux préparé par le team de L’Occitane en Provence en est aussi la preuve. Dans cette hotte à cadeaux-là, Armel Tripon a trouvé par exemple un magnifique « pull de Noël moche qui clignote », un bonnet, des chaussettes mais aussi… un bras télescopique pour se gratter le dos, un objet pour se masser le crâne ou encore des lunettes anti-mal de mer ! L’humour sauve de tout, c’est connu. Entre autres babioles qui font sens, Armel a eu droit aussi une graine de sapin de Noël – moins encombrant et moins lourd que dans la force de l’âge ! – à un livre « une pensée positive par jour » qu’il aurait pu écrire lui-même et aussi une « boîte à odeurs » pour se souvenir des parfums de la terre, oubliés depuis 45 jours. « C’est super, ça me fait rire et ça prouve une fois de plus que j’ai une super équipe avec moi, merci à tous ! »

Au-delà des babioles symboliques ce qui touche aussi beaucoup le marin le plus isolé du Vendée Globe ce sont les photos, les petits mots d’amitié et d’encouragement glissés ici et là… et même une vidéo de danse un peu particulière : on y voit les filles de l’équipe de communication du projet L’Occitane Sailing  danser une chorégraphie sur le tube mondial de Mariah Carey « All I want for Christmas is you » (« Tout ce que je veux pour Noël, c’est toi »).

De l’humour, du soutien, un peu de chaleur humaine par procuration. Voilà le Noël en mer d’Armel Tripon tout là-bas à l’autre bout du monde, à la verticale de la mer de Ross, dans sa grande giration australe autour de l’Antarctique. Un peu de foie gras et un plat (lyophilisé) à la truffe font office de repas de Noël. Pas de bûche, Armel n’est pas fan de sucre.

Antiméridien : Armel vivra deux jours de Noël

Noël ou pas, la course, elle, ne s’arrête jamais. La dernière nuit a été difficile, dans les vents faibles d’une petite cellule anticyclonique qui ont contraint Armel Tripon à faire beaucoup de manœuvres et de changements de voiles d’avant. « J’ai dormi 40 minutes seulement pendant toute la nuit dernière, il faut donc que je me repose vraiment aujourd’hui, pendant que vous préparez votre réveillon ! »
Un autre beau cadeau, d’un autre genre, pour le skipper de L’Occitane en Provence, c’est de jeter un coup d’œil au classement. Et se rendre compte que le prochain bateau devant lui (Romain Attanasio) n’est plus qu’à 170 milles. C’est 1100 milles de moins qu’au large du Brésil ! « C’est bien, oui. Le vent est revenu, j’ai plus de 25 nœuds et ça accélère fort. J’ai confiance dans la capacité du bateau à aller vite, dans une douzaine de jours je devrais passer le cap Horn. »

D’ici là, il y aura un épisode amusant : dans environ 500 milles, L’Occitane en Provence franchira l’antiméridien, la ligne de changement de date. Armel vivra ainsi deux jours de Noël. Souvenez-vous de Jules Verne, du Tour du monde en 80 jours et de Phileas Fogg… qui, lui, gagnait un jour « de moins » parce qu’il avait commencé son tour du monde par l’est, à l’inverse des skippers du Vendée Globe qui le commencent par l’ouest.

Armel Tripon va repasser à l’ouest

L’anecdote ne changera rien au quotidien du skipper, mais psychologiquement c’est une marque importante pour une autre raison. Car à partir de cette ligne de changement de date, la longitude passera en un instant de 180° est à 180 °ouest… et cette longitude ne fera que décroître sur les GPS et écrans du bord. L’objectif ultime étant d’arriver dans le meilleur état possible par à 001°47 ouest (et 46°30 nord), soit la position géographique des Sables-d’Olonne. Autrement dit en plus simple : on va repasser à l’ouest et si jusqu’ici on ne faisait que s’éloigner de la France, maintenant on rentre à la maison. Et ça oui, ça compte beaucoup dans la tête du marin solitaire qui file dans l’immensité du Pacifique.

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