*VOILES ET VOILIERS (Avril 2021)

Armel Tripon a intrigué sur le Vendée Globe avec L’Occitane, seul voilier de type scow de la flotte. Avec ce bateau original il a réussi le meilleur temps entre les deux passages de l’équateur. Fort de ce concept prometteur, il cherche des partenaires pour monter un projet à deux têtes ambitieux : naviguer vite en Multi50 – sur la Jacques Vabre et la Route du Rhum dont il est tenant du titre – et construire un nouveau bateau capable de gagner le Vendée Globe 2024. Entretien…

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Tour du monde terminé ! Armel Tripon est arrivé aux Sables-d’Olonne. En se faufilant entre deux grosses tempêtes dans la nuit noire, L’Occitane en Provence a franchi la ligne d’arrivée du Vendée Globe aujourd’hui lundi 1er février 2021, à 7h27. Armel Tripon est superbement entré sous voiles avec son grand soleil de Provence dans le mythique chenal. Il prend la 11e place du tour du monde en solitaire sans escale après 84 jours, 17 heures, 7 minutes et 50 secondes de course, un an après jour pour jour la mise à l’eau de son bateau. Nous l’avons interrogé après les honneurs du ponton et de la conférence de presse…

Après une dernière nuit de tempête au cours de laquelle il a affronté des creux de 6 mètres et des rafales de vent qui sont montées jusqu’à 55 nœuds, Armel Tripon a bouclé le Vendée Globe. Il a réussi un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Après avoir patienté au large du Portugal, puis de l’Espagne pour laisser passer la partie la plus dangereuse de la tempête Justine, Armel avait décidé de s’engager entre deux dépressions très creuses levant une mer très grosse dans le golfe de Gascogne.

Accueilli comme un vainqueur
Juste après avoir franchi la ligne, après 84 jours et 17 heures de mer, L’Occitane en Provence s’est même présenté sous grand-voile et tourmentin dans le port des Sables-d’Olonne. Armel Tripon est entré à la voile, à l’ancienne, entre les deux jetées. Du grand spectacle, salué par de nombreux spectateurs à leurs fenêtres et sur des bateaux, sous le halo des projecteurs et au son des cornes de brume.

Une des particularités du Vendée Globe est que chaque marin qui réussit le tour du monde est accueilli ici comme un vainqueur. Tout sourire en retrouvant sa famille, ses proches, son équipe, son partenaire L’Occitane en Provence, la direction de course, Armel a ensuite satisfait aux exigences médiatiques de la conférence de presse avant de s’isoler un peu avec nous pour un entretien plus personnalisé. Voici cet entretien :
Armel, c’était joli cette arrivée à la voile dans le port ! Et tout ce monde venu t’accueillir après plus de 84 jours tout seul en mer autour de la planète…
« Oui c’était chouette d’arriver à la voile à l’intérieur du port, c’est vrai ! Il y avait beaucoup de mer dehors, c’était dangereux pour les semi-rigides. Alors nous avons pris cette décision avec l’équipe que j’entrerai comme ça, avec mes deux voiles et qu’on ne les affalerait qu’une fois à l’abri du port. C’était la meilleure chose à faire du point de vue de la sécurité… et il se trouve que c’est joli à voir en effet. Mais le plus dingue, c’est le contraste entre la solitude depuis 84 jours et tout ce monde d’un seul coup. Franchement je ne m’attendais pas à ça ! »

Surtout qu’avec la tempête tous les bateaux spectateurs ne pouvaient pas sortir au large et t’attendaient dans le chenal ?
« Oui ! Sur la ligne il n’y avait que deux bateaux, alors je m’attendais à une arrivée en petit comité. Et en arrivant dans l’entrée du port, tu vois qu’en réalité il y a plein de monde, des projecteurs, des bateaux partout, les sons des gens qui tapent sur leurs casseroles aux fenêtres, les cornes de brume… La transition est assez énorme. Et puis, forcément, il y a beaucoup d’émotion à retrouver les enfants, la famille, les copains. Tous ceux que j’aime et que je n’ai pas vu depuis 84 jours.»

« Je n’avais plus rien à manger, mais j’aurais bien rallongé le plaisir de 15 jours ! »

Tu as pris la décision de passer entre deux tempêtes pour boucler ce Vendée Globe. On imagine que ta dernière nuit en mer a été sportive ?
« C’était tendu ! Déjà parce qu’il fallait éviter de nombreux pêcheurs et cargos et que la mer était grosse : environ 5 à 6 mètres de creux. Heureusement, la houle était longue. C’était tendu aussi parce que j’avais un timing à respecter : il fallait absolument que j’arrive avant 9 heures pour avoir une chance de rentrer dans le port avant ce soir, à cause de la marée. Je devais donc doser l’effort sans être lent alors je n’ai pas arrêté de réduire et de renvoyer de la toile. La mer était praticable car longue mais de temps en temps, une vague scélérate arrivait par le côté et faisait partir le bateau en vrac, au lof. J’ai affronté mon plus gros coup de chien du tour du monde ici, en arrivant ! En même temps c’est très beau la tempête. Hier après-midi j’ai eu droit à un épisode où le ciel est passé du bleu au gris sombre en un instant. La mer est devenue blanche et j’ai eu 54 nœuds de vent. C’est beaucoup. »

Tu as dit pendant la conférence de presse officielle que tu avais pris beaucoup de plaisir, que tu t’étais bien entendu avec ton bateau et que tu aimerais ‘revenir dans quatre ans pour gagner’. Mais n’a-t-il pas été dur et long ce tour du monde ?
« Honnêtement : non. Je n’ai pas trouvé ça dur et je n’ai pas trouvé ça long. Je me suis senti très bien sur ce Vendée Globe. Certes, la fin était un peu pénible à devoir attendre pour laisser passer le coup de vent, surtout que je n’avais plus rien à manger. J’aurais bien prolongé le plaisir de quinze jours, une petite boucle vers les Antilles par exemple (rires) ! Ce qui est sympa évidemment c’est de retrouver tout le monde et aussi de ne plus être sur le qui-vive tout le temps, de ne plus être concentré en permanence, aux aguets. Bien sûr il y a eu des moments difficiles, mais je ne dirais pas que l’ensemble a été dur. Ce qui a été compliqué à vivre, c’est quand un hook casse et que je perds une grande voile d’avant dans le Pacifique alors que j’étais sur le point de revenir sur le paquet des tous premiers. Sans cette avarie je revenais à seulement 200 milles et je pouvais jouer avec eux. Là oui, c’était un moment difficile à encaisser parce qu’à ce moment-là j’avais repris énormément de milles.»

Au départ sur avarie et à la fin du parcours pour cause de tempête, tu n’as pas eu de réussite sur l’Atlantique Nord. Mais L’Occitane en Provence a été le plus rapide de la flotte entre l’équateur aller et l’équateur retour…

« Cela veut dire que nos choix avec Sam Manuard (l’architecte) étaient pertinents. Je pense qu’on a ouvert une voie avec ce type de bateau : le scow (nez arrondi, étroit, grands foils, ndr). Le bateau va vite tout le temps, il est moins dur que beaucoup d’autres, notamment parce qu’il penche moins. C’est un super bateau, on s’est bien entendu tous les deux. D’ailleurs, je ne serais pas surpris de voir ce type de bateau fleurir assez rapidement dans la classe IMOCA. Sam Manuard a un coup de crayon incroyable. C’était son premier bateau pour le Vendée Globe. Je pense que c’est une grande réussite, sans compter que ce bateau bien né a aussi été bien construit : ce qui a cassé ce sont des périphériques comme les hooks, mais le bateau en lui-même est quasiment intact.»
A l’arrivée tu as parlé d’instants magiques au passage du cap Horn. L’image de ton passage là-bas, à l’autre bout du monde, restera gravée dans ta mémoire ?
« Oui. C’était magique de le voir, ce fameux cap Horn. C’est un endroit mythique qui représente tellement de choses pour un marin…. Et j’ai eu la chance de le voir de très près, en plein jour, de pouvoir en profiter pleinement. Et c’est vrai ce qu’on dit : ce passage du Horn c’est clairement une délivrance. Tu quittes le territoire de l’ombre, c’est le début du retour vers la maison. C’est tout ça… et c’est aussi la première terre que tu vois depuis le départ ! C’était un très, très beau moment de le voir surgir comme ça, devant mes yeux. »

Les chiffres du Vendée Globe d’Armel Tripon en bref :
L’Occitane en Provence a franchi la ligne d’arrivée du Vendée Globe aujourd’hui, lundi 1er février 2021 à 7h27’15’’. Armel Tripon prend la 11e place.
Temps de course : 84 jours, 17 heures, 7 minutes, 50 secondes
Armel Tripon a parcouru 28 315 milles nautiques (soit 4 000 milles de plus que la route théorique la plus courte, aussi appelée orthodromie), à la moyenne de 13,93 nœuds.

Des vents à plus de 60 nœuds et surtout une mer énorme avec des vagues de dix mètres, voire douze : les deux dépressions qui vont balayer le golfe de Gascogne ce week-end ne sont absolument pas praticables. En accord avec son partenaire L’Occitane en Provence et le directeur de course du Vendée Globe Jacques Caraës, Armel Tripon fait le choix logique de laisser passer ces deux tempêtes. Ramener l’homme et le bateau à bon port, c’est évidemment la priorité.

Cette fois, ça ne passe pas. Armel Tripon ne peut pas raisonnablement risquer d’aller affronter les deux plus grosses tempêtes de ce Vendée Globe : des vents de 60 nœuds et des vagues hautes de dix à douze mètres sont annoncés ce week-end ! Le skipper de L’Occitane en Provence a donc pris sa décision : il ralentit et va patienter le temps qu’il faudra pour laisser passer le plus dur du très mauvais temps. Probablement 48 à 72 heures. Il n’y a pas vraiment le choix : la sécurité d’abord.

« Je suis obligé de patienter jusqu’à lundi, ce n’est pas praticable »
Nous l’avons joint ce jeudi midi au téléphone. Armel Tripon explique : « La mer va être très, très forte dès vendredi soir dans le golfe de Gascogne avec une première puis une deuxième dépression. Il y aura des creux de plus de dix mètres ! Je ne peux pas passer devant comme j’espérais initialement. Je suis obligé de patienter au moins jusqu’à lundi, ce n’est clairement pas praticable. Ce serait irresponsable. La priorité c’est de finir ce tour du monde, de ramener le bateau. La course passe évidemment au second plan dans ce genre de cas. C’est fou de me dire que c’est à la toute fin du tour du monde que je rencontre la mer la plus grosse, la dépression la plus creuse ! Mais c’est souvent le cas à cette époque dans le golfe de Gascogne. Je vais donc patienter jusqu’à lundi. Je ne sais pas encore où exactement, j’étudie plusieurs possibilités. La plus probable à cette heure est de patienter au large du Portugal, à hauteur de Porto. Là, la houle ne sera que de quatre à cinq mètres ».

« La décision s’impose d’elle-même »
La hauteur des vagues ne sera « que » de quatre à cinq mètres… ce qui est très différent des 8 à 12 mètres annoncés par moments. « Il n’y a pas grand-chose à ajouter » explique Armel, « clairement la mer ne me laisse pas passer, donc je prends la décision qui s’impose d’elle-même. Ce sont de très belles dépressions en même temps, on n’en voit pas souvent des comme ça ! »

Le directeur de course Jacques Caraës a salué cette décision « en bon marin » d’Armel Tripon. La course au large, ce ne sont pas les jeux du cirque : la compétition est une chose mais la sécurité du marin, du bateau… et éventuellement celle des sauveteurs passent évidemment au-dessus de tout. « Je prends la décision que la sagesse impose, voilà tout » insiste Armel. « Du coup, je n’arriverai pas aux Sables-d’Olonne avant le milieu de semaine prochaine, probablement mercredi. Je n’ai plus trop de réserves de vivres mais ça va aller, ça ne m’inquiète pas : je ne vais pas mourir de faim ! »

« Bravo Yannick Bestaven ! Sa victoire ne doit rien au hasard, je suis très content pour lui »

Ceci étant dit, le skipper de L’Occitane en Provence tient à féliciter Yannick Bestaven pour sa victoire cette nuit aux Sables-d’Olonne, devant Charlie Dalin et Louis Burton. « Sa victoire ne doit rien au hasard ! Yannick s’est parfaitement bien préparé, il a une excellente équipe, il a attaqué tout le temps. C’est magnifique et je suis très content pour lui, bravo Yannick ! »
Et puis « pour l’anecdote », Armel se risque à une petite boutade comme il les aime : « En 2001 Yannick gagnait la Mini-Transat et moi je gagnais l’édition suivante, en 2003. Cette année, Yannick gagne le Vendée Globe… donc la prochaine édition est pour moi, normalement ! »

 

Moins de 1000 milles à couvrir… Dans le sud des Açores, Armel Tripon retrouve avec bonheur du vent stable et des vitesses élevées à bord de L’Occitane en Provence. Il se bat pour tenter de ravir la dixième place à Maxime Sorel. Il explique (en plaisantant) pourquoi ce tour du monde est trop court pour lui.

Nous avons pu joindre Armel Tripon en mer ce mardi midi 26 janvier. Il assure que tout va bien à bord, rasé de près et moral au beau fixe. « La nuit dernière était encore compliquée avec du vent instable qui oscillait entre 9 et 18 nœuds, mais c’est enfin plus stable depuis quelques heures ». L’Occitane en Provence glisse à vitesse élevée, souvent à plus de 20 nœuds, sur une houle qui se forme. « Cette fois nous avons accroché les systèmes de dépressions » explique Armel Tripon.

« L’été est terminé, on se rapproche de la maison »

« L’été est hélas terminé, je ne vis plus à moitié nu sur le bateau. J’ai remis des chaussettes, un collant, des polaires… hier soir j’ai même ressorti un petit bonnet. C’était bien la chaleur, mais c’est bien aussi de constater que la température redevient de saison, car cela veut dire qu’on approche de la maison ! » La « maison », c’est dans un premier temps Les Sables-d’Olonne, maintenant à moins d’un millier de milles (moins de 1852 kilomètres donc) devant l’étrave arrondie du plan Manuard construit par Black Pepper.

Conquérir la 10e place et terminer avant le gros temps

L’Occitane en Provence file bon train, environ 300 milles au sud de l’Archipel des Açores et la tentative de conquête de la dixième place est plus que jamais d’actualité. « Je glisse entre 18 et 22 nœuds, sans demander trop d’efforts au bateau. Ce sont de belles conditions de glisse et la chasse à la dixième place est toujours en cours. » Revenir sur Maxime Sorel « reste un de mes objectifs, même si le premier de tous est évidemment de boucler ce tour du monde. Il ne faut pas croire que ça se fait tout seul, parce que Maxime continue de bien naviguer et d’être rapide avec son bateau léger, mais j’ai toujours cette envie. Je lui ai déjà repris 500 milles… il en reste environ 80, c’est toujours jouable et je m’y emploie.»

Entre deux plaisanteries sur ce « dernier mardi en mer, qui sera suivi du dernier mercredi, puis du dernier jeudi etc. » on parvient tout de même à faire estimer au skipper de L’Occitane en Provence son arrivée aux Sables-d’Olonne. Ce serait donc « dans la nuit de vendredi à samedi, disons tôt samedi matin ». Et « il ne faut pas traîner en route », parce qu’une dépression assez creuse va balayer le Vendée Globe ce week-end, avec des vents forts et une mer grosse. Raison de plus de ne pas mollir, même si « il n’y a pas de souci, normalement je reste devant cette dépression » rassure Armel. Une fois de plus il faut doser l’effort : primo ne pas prendre de risques inconsidérés pour boucler le tour du monde, secundo tenter de conquérir la dixième place, tertio arriver avant le mauvais temps.

« J’ai hâte d’arriver »

Sur ces trois objectifs, Armel Tripon est confiant… et il ne cache pas son impatience de finir, de boucler ce Vendée Globe, ce tour du monde en solitaire qui est autant une grande aventure qu’une course. « Oui maintenant j’ai hâte d’arriver, de retrouver ma famille, toute l’équipe, les copains et les proches. On va réussir quelque chose de grand. Et puis si la croisière on voudrait que ça ne s’arrête jamais, la course au large c’est tout de même beaucoup moins confortable et c’est bien aussi quand ça s’arrête ! ».

Des pronostics sur le vainqueur

On peut le comprendre : ce mardi après-midi Armel Tripon et les 24 autres marins que les océans ont laissé passer attaquent leur 80e jour de mer. C’est long 80 jours seul en mer. Au passage, un pronostic sur le podium, très indécis ? « Franchement, c’est impossible à dire. Comme ça, à la louche, je vois bien un tiercé entre Charlie (Dalin), Boris (Herrmann) et Yannick (Bestaven)… mais c’est très compliqué de s’avancer tellement c’est serré, entre autres avec le jeu des compensations qu’ont Yannick et Boris. Charlie et Yannick ont été longtemps en tête tous les deux, pas Boris, mais c’est la fin qui compte. Personne ne peut dire qui va l’emporter ».

Le plus rapide de l’équateur à l’équateur, « une belle satisfaction »

Côté chiffres, le skipper de L’Occitane en Provence a bien noté qu’il avait été le plus rapide de la flotte entre l’équateur aller et l’équateur retour. « C’est une belle satisfaction, cela montre qu’on est dans le vrai avec nos choix pour le bateau ». Et cela inspire à Armel Tripon une petite plaisanterie supplémentaire : « il est beaucoup trop court pour moi ce tour du monde ! Avec un demi-tour du monde de plus je passais devant tout le monde ! On devrait rallonger le parcours… Allez j’y retourne, j’ai du travail. Rendez-vous dans trois jours aux Sables-d’Olonne ! »

Je suis à moins de 2 000 milles de l’arrivée. C’est bizarre, comme sensation… Ça te tombe dessus d’un coup. J’ai finalement hâte de finir, hâte de retrouver tout le monde, de conclure cette course, de boucler la boucle. C’est aussi la fin d’une belle aventure, il y a comme un pincement au cœur. Et je me dis que, comme je suis bien en mer, si ça pouvait durer un peu plus, je pourrais gagner d’autres places.

Je me suis toujours senti en symbiose, dès les 10e, 20e jours de mer. Ce n’est pas un état second, c’est une plénitude. Le fait de vivre pleinement chaque instant de cette course a été quelque chose de très nouveau pour moi, et de très intense. Pourtant, ça n’a pas été la course que j’imaginais faire. Je suis satisfait de ce que j’ai pu vivre, je ne veux pas vivre avec des regrets, ça n’a pas de sens. Cette course, c’est une situation que j’ai acceptée, j’y ai trouvé mon compte. Au final, je suis super content de la vivre comme ça. Je sais que je reviendrai avec d’autres armes et d’autres atouts pour être au contact, pour faire une vraie régate.

Plein de choses m’ont surpris. Je me suis découvert dans cet état d’esprit. C’est la première fois que j’aborde une course avec autant de sérénité. Chaque jour a été un cadeau ! Quel plaisir d’être là, d’être en course, de vivre ces moments hyper forts, dans cet univers !

C’est aussi ce qui me fait peur à l’idée de revenir à terre. (en mer) Je n’ai eu que du beau, que des paysages qui transportent, et le retour à terre va être brutal. Ça ne va pas être le même décor. Avoir la nature autour de soi à chaque instant, ça n’a pas de prix.

Il me reste six jours, je n’arrête pas de revenir, je gagne du terrain (sur Maxime Sorel). C’est hyper instable, ça passe de 8 à 15 nœuds dans cette zone de transition. Je dois encore attendre une dizaine d’heures avant de pouvoir être dans le système pleinement dépressionnaire. Ce sera correct par la suite, avec peut-être une grosse ‘prune’ à l’arrivée. Mais comme je suis assez rapide, j’arriverai probablement avant. Avec cette grosse cartouche, il ne fera pas bon être en mer ce week-end ! »

 

Le skipper de L’Occitane en Provence a franchi l’équateur retour hier soir mardi 19 janvier, tout heureux d’y trouver plus de vent que prévu. Il devrait même sortir du pot au noir dans quelques heures, sans s’être arrêté ! A des vitesses moyennes élevées, Armel Tripon est de retour dans l’hémisphère nord et s’est beaucoup rapproché de la 10e place. Nous avons pu le joindre ce mercredi midi.

Un beau symbole et une bonne chose de faite : Armel Tripon a franchi l’équateur hier soir mardi 19 janvier, après un peu plus de 72 jours seul en mer. Le skipper de L’Occitane en Provence est d’attaque, avec le grand moral qui le caractérise pour la dernière partie de cette course hors normes. « A priori il me reste encore 9 à 10 jours de mer, ce qui nous ferait une arrivée aux Sables-d’Olonne le 29 ou le 30 janvier », témoigne Armel ce matin, de la bonne voix du skipper confiant… et conscient d’avoir fait un joli coup, ces cinq derniers jours.

« Je me suis bien rapproché »

Armel Tripon raconte : « Je me suis bien rapproché de Maxime Sorel (V and B-Mayenne, 10e), il faudrait faire les comptes mais j’ai repris beaucoup de milles, je pense ». Nous avons fait les comptes. Et, en effet, ce mercredi matin Armel Tripon est à moins de 200 milles du fameux Top 10 auquel rêvaient avant le départ les 33 skippers de cette neuvième édition du Vendée Globe. L’Occitane en Provence pointe à 185 milles de Maxime Sorel, contre 560 milles il y a cinq jours, le 15 janvier ! « Je ne vais pas vendre la peau de l’ours, ce n’est pas gagné d’avance » commente Armel Tripon, « mais s’il y a une occasion de revenir je la tenterai évidemment, il reste encore 3200 milles à parcourir. On verra bien, la priorité etant désormais de boucler ce tour du monde. »

Un pot au noir favorable : « Je n’ai pas à me plaindre…»

L’autre bonne nouvelle du jour, en plus du passage de l’équateur et du rapprochement vers la dixième place, c’est que le pot au noir (la zone de convergence intertropicale qui alterne souvent entre des grands calmes très pénalisants et des grains violents) est plutôt favorable pour L’Occitane en Provence. Armel Tripon raconte : « J’ai des conditions plus ventées que ce que prévoyait la météo, donc je n’ai pas à me plaindre ! Là j’ai 18 nœuds de vent. Je pensais que ça allait être un passage douloureux, mais en fait ça a été assez rapide. J’ai repris quelque chose comme 300 milles à Maxime Sorel (365 milles, même). Je ne me suis jamais arrêté. J’ai eu du vent tout le temps, au minimum 11 nœuds pendant quelques heures, et je crois que je ne vais plus m’arrêter maintenant. Je serai vraiment sorti du pot au noir ce mercredi soir. D’ailleurs je commence à avoir la mer du vent de nord-est : c’est celui de la prochaine transition que je vais chercher. Ensuite, on aura trois jours de près… »
Derrière la voix enjouée du skipper, on entend la mer qui tape violemment contre la coque de L’Occitane en Provence. « La mer est chaotique, ça tape ! » confirme Armel. « Il fait chaud à l’équateur, mais c’est humide et je ne peux pas mettre le nez à la fenêtre, car ça mouille beaucoup. Il me reste trois jours un peu pénibles à naviguer au près, avant de retrouver du vent portant. Ensuite, la situation semble assez sympa : on devrait avoir un grand bord tout droit avant de récupérer la bordure sud des dépressions pour remonter vers l’Espagne. Mais on n’en est pas encore là.»

« Il ne faut pas s’inquiéter pour moi »

Pour l’heure il faut tenir, bien doser l’effort jusqu’à l’arrivée pour ne surtout pas casser. Côté vivres, Armel Tripon est rassurant : il maîtrise son rationnement. « Il ne faut pas s’inquiéter pour moi. J’ai de quoi me faire encore un petit déjeuner et un repas chaud le soir. Il n’y a que pour déjeuner que je me rationne en me contentant de barres de céréales. Donc pas de souci, ça ira comme ça jusqu’à l’arrivée. Le moral est excellent, tout va bien à bord !»
Le bateau ? « Aucun problème côté structure c’est nickel : on vit bien ensemble le bateau et moi. Comme tout le monde je fais chaque jour de petites bricoles comme par exemple remplacer un boute (cordage) ou remettre un patch sur une voile, mais c’est de l’usure normale après 73 jours de mer autour du monde. Soixante-treize jours, je ne me rends même plus compte de ce que cela représente, moi qui n’en avait jamais passé plus de 25 en mer ! On va boucler ce tour du monde en 83 jours, quelque chose comme ça. C’est une sacrée aventure tout de même… »

 

 

Armel qui affichait une vitesse de 17.96 nœuds au pointage de 9h, était en visio ce matin, tout sourire comme à son habitude ! 

« Je suis toujours dans l’Alizé en approche de l’Équateur, je ne suis plus très loin. Les conditions se sont renforcées dans la nuit, c’était sympa. Hier c’était un peu calme. J’ai eu quelques passages de grains mais là c’est plus stable et ça va vite ! Ça va mollir à l’approche du pot au noir.

Je devrais passer l’Équateur d’ici une douzaine d’heures, un peu plus. Après on retrouve l’hémisphère nord, ce sera la fin de la partie. Il y a eu la symbolique forte de recouper la trace de la descente, la boucle est bouclée. L’Équateur signe la fin de cette course immense, même s’il reste encore des milles ! C’est une nouvelle étape.

Je suis heureux oui ! Chaque jour je me dis que c’est une chance incroyable de faire cette course, je me le dis tous les jours et même plusieurs fois par jour. C’est fabuleux de vivre ça aussi intensément, d’être aux prises avec mon bateau qui est splendide, je m’éclate.

Je fais régulièrement le tour du bateau pour voir si la structure bouge, si des choses cassent. J’ai lié une relation de confiance avec mon bateau.

Il y a un bateau assez proche, c’est clairement un objectif (ndlr il s’agit de Maxime Sorel) de le rattraper. Il faut rester ouvert à toutes opportunités, les autres sont un peu plus loin mais j’ai un potentiel de vitesse important à cette allure, alors pourquoi pas reprendre quelques places. Mais le principal, c’est quand même d’arriver au bout. Mais il faut rester à l’affut jusqu’à la fin, c’est loin d’être terminé ! »

Profiter de la lenteur pour admirer le paysage !
Spectacle qu’Armel ne se lasse pas de contempler même après 67 jours de course… Encore 24h de petit temps avant que L’OCCITANE en Provence ne puisse filer dans les alizés direction le Pot au Noir.

“Je viens de vivre les 24h les plus dures de ce VG. Je sors de l’enfer ! J’exagère à peine, le bateau tapait dans toutes les vagues. J’étais au près dans une mer désordonnée et des courants contraires. Une horreur, à chaque vague, il y a tout qui tremble. Heureusement, ça c’est calmé, la mer est plus rangée. On va pouvoir attaquer et aller chercher cette zone de transition. J’espère être arrêté moins longtemps que devant ! Petite pensée pour Yannick qui a vu revenir tout le monde… ”

Le skipper de L’Occitane en Provence navigue ce lundi 11 janvier en 11e position du Vendée Globe. Armel Tripon a repris beaucoup de milles ce week-end aux dix bateaux devant lui. Son prochain objectif : trouver le bon chemin dans un labyrinthe de zones sans vent qui ressemble à un mini pot-au-noir avant l’heure. Et si possible aussi sans trop se rationner sur la nourriture…

Début du 65e jour de mer sur le Vendée Globe et Armel Tripon a une obsession en tête : terminer ce tour du monde en solitaire auquel il participe pour la première fois en assurant le meilleur des classements. On a bien vu avec l’abandon d’Isabelle Joschke que rien n’est gagné d’avance sur cette épreuve « Isabelle m’a impressionné dans sa capacité à résister au mal sur toute cette course ! Elle est allée chercher loin ! Elle avait fait le plus dur, je suis déçu pour elle ! », explique Armel. Naviguer de nouveau en Atlantique est un soulagement évident par rapport aux tempêtes du Pacifique, mais cela n’en demeure pas moins une entreprise périlleuse. Dont la réussite dépend beaucoup du savant dosage à réajuster sans cesse entre prise de risque et performance.

Conditions complexes pour remonter l’Atlantique

Ce lundi 11 janvier au pointage du matin, Armel Tripon est un peu moins véloce que ce week-end (il était le plus rapide de la flotte hier dimanche). Pour les 14 bateaux qui mènent le Vendée Globe, trio de tête inclus, les conditions sont très compliquées dans cette remontée de l’Atlantique sud. Car des cellules anticycloniques sans vent jalonnent le parcours et se glisser entre elles est un casse-tête au résultat aléatoire. Le fait que le leader Yannick Bestaven ait perdu les trois quarts de son avance en quatre jours le montre bien.

« Il fait grand beau, j’ai ouvert la véranda, je suis heureux en mer »

A bord de L’Occitane en Provence, Armel Tripon navigue, lui, en bordure d’une zone de vents faibles, qui se déplace sur sa droite, dans son nord-est. Cette bordure est parfois très favorable – comme ce week-end quand il filait à 20 nœuds de moyenne – et parfois un peu moins. « Tout va bien à bord » assure Armel, joint au téléphone ce matin, « il fait grand beau, 18 degrés, c’est très agréable. C’est sympa de retrouver les latitudes moins hostiles, de pouvoir naviguer aéré. J’ai ouvert la « véranda » (les bâches transparentes qui fermaient le cockpit dans le grand sud), l’air circule dans le bateau, ça fait un bien fou. Je fais tout sécher. Je suis heureux en mer. Cette nuit c’était magnifique : j’ai eu droit à un énorme ciel étoilé, splendide… »

Les conditions de vent et de mer ? « Je suis en bordure d’anticyclone, j’ai un vent pas très stable entre 12 et 14 nœuds. Je suis au près, ça tape un peu… mais il n’y a évidemment aucune comparaison avec le Pacifique ! L’anticyclone avec lequel je joue se décale dans l’est, donc ça devrait aller pour moi. Ce qui est compliqué c’est plus tard, d’ici deux à trois jours : quand je vais me retrouver à l’endroit où est en ce moment Yannick Bestaven, il y aura une zone sans vent et une nouvelle transition pas évidente du tout à négocier ».
Pour l’heure, L’Occitane en Provence a réussi à revenir à environ 300 milles du 10e (Maxime Sorel) et à 800 milles du leader. Une position qu’Armel est allé chercher, quand on songe que voilà 60 jours, il était 32e du Vendée Globe et qu’il a compté jusqu’à 2200 milles de retard suite à son avarie de hook en tout début de course.

Arrivée début février ? « Je suis un peu court en vivres… juste un petit peu »

« Je regarde les classements bien sûr, mais je ne me préoccupe pas trop des écarts » assure Armel, « J’ai profité des conditions plus stables pour faire un check complet du bateau et il est nickel. J’ai félicité le bateau, il le mérite ! » Côté classements, il faut s’attendre à des coups d’accordéon : « l’élastique va se détendre dans l’autre sens pendant trois jours : je vais probablement reperdre un peu de terrain, mais ce qui compte c’est de passer la prochaine transition en fin de semaine. Je rappelle que la route est encore très longue (plus de 5600 milles) et qu’on ne sera probablement pas aux Sables-d’Olonne avant début février. »
Cela voudrait dire peut-être 85, voire 90 jours de mer. D’où l’idée de commencer à penser aux réserves de vivres restant à bord. « Je pense que je suis un petit peu court de ce côté-là, mais je ne suis pas inquiet : j’ai pris 85 jours de nourriture et s’il faut finir un peu sec je saurai faire. Je sais que d’autres skippers ont pris beaucoup moins » explique Armel Tripon. « S’il faut me rationner, j’y penserai quand il fera vraiment chaud et que j’aurai donc moins de besoins en apport énergétique. Dans le grand sud, il n’était pas question de se rationner : j’avais besoin de calories pour tenir le coup. Au pire, j’ai une ligne de pêche à bord mais pour pêcher il faut être très, très lent… et je ne vais tout de même pas ralentir le bateau juste pour taquiner le maquereau !»

« Un peu comme un mini pot-au-noir devant »

L’équation importante du moment est plutôt de trouver la bonne idée pour négocier la transition entre le vent de nord-ouest et le vent de nord-est. « C’est un peu comme un mini pot-au-noir avant l’heure cette zone où se trouve Yannick (Bestaven), et il est bien possible que ça s’avère être un passage déterminant entre ceux qui arriveront à passer correctement et les autres. Je dois réfléchir dans le bon sens et d’ici là choisir le bon timing pour un nouveau virement de bord que je dois faire sur la bordure de l’anticyclone avant de repartir en bâbord amures ». Chaque chose en son temps !