Le skipper du trimaran RÉAUTÉ CHOCOLAT est à quatre jours de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, envisagée maintenant dans la nuit de mercredi à jeudi. Parfaitement calé dans les alizés, sur la route directe, il file à 20 nœuds de moyenne. Son avance sur les nordistes a doublé en 24 heures : de 150 à 300 milleS ! Mais Armel garde la tête froide. L’arrivée est encore à 1700 milles et la vigilance est de mise.

 

Armel, hier tu avais 150 milles d’avance sur tes adversaires nordistes, vingt-quatre heures plus tard tu en as 300. Explique-nous…

« C’est sûr qu’on engrange du mille en ce moment ! Eux doivent descendent vers le sud-ouest, pendant que moi je fais route directe à 20 nœuds donc c’est mathématique, ma VMG (vitesse efficace vers le but) est meilleure et donc on creuse sur eux, d’autant plus que je vais vite. C’est bon à prendre parce que j’ai l’expérience de la Drheam Cup où j’avais aussi de l’avance et je me suis fait avoir au final… Pas question de renouveler l’expérience ! En plus, je sais bien aussi lors du tour de la Guadeloupe tu peux vite fait ‘cramer’ un matelas de 100 milles. Donc je ne me relâche pas tout en naviguant safe. C’est toujours la même histoire de curseur entre vitesse et sécurité. »

Comment s’est passée ta nuit ?

« J’ai eu un alizé un peu plus fort que prévu, ça contribue aussi à creuser l’écart en ma faveur. La nuit a été un peu tendue, un peu mouvementée, avec le vent qui est monté jusqu’à 27 nœuds alors que j’étais sous grand gennaker. Donc j’ai roulé un peu, fait deux ou trois manœuvres, c’était rythmé mais j’ai quand même réussi à bien me reposer.”

Physiquement tu as repris du poil de la bête ?

« Je vais dix fois mieux qu’il y a encore deux jours, rien à voir ! J’ai vraiment bien récupéré du début de course qui avait tiré à fond sur l’organisme. Je ne dirais pas que je suis à 100%, mais vraiment pas loin ! Les voyants sont au vert aussi de ce côté-là et tant mieux parce que je vais en avoir besoin pour être le plus lucide possible, gérer le mieux possible mon avance. Cette nuit j’ai remis des milles à Alex Thomson (qui navigue derrière lui dans une autre catégorie de bateaux, les IMOCA) et ça fait plaisir aussi parce que si je peux arriver troisième au scratch dans quatre jours derrière les Ultimes de Francis (Joyon) et François (Gabart), ce serait une belle cerise sur le gâteau, même si c’est anecdotique ! Quel final entre Macif et Idec, ça va être tendu jusqu’au bout ! François a sûrement un problème technique et Francis lui met une pression de dingue ! Si ça se trouve ça va se jouer autour de l’île cette affaire-là. »

Tu gères un peu plus en sécurité la vitesse du bateau ?

« Un petit peu, oui. Je me contente de 20 nœuds de moyenne, même si parfois je pourrais aller un peu plus vite. Je navigue un peu plus bas, j’ouvre les voiles un peu plus, je n’hésite pas à prendre un ris quand le vent monte. Pour espérer un bon résultat, il faut d’abord arriver de l’autre côté et ce n’est pas le moment de faire de bêtises ! Ce serait une grosse erreur de croire que c’est déjà gagné. On sait bien que tout peut arriver à encore 1700 milles de l’arrivée : avoir un problème matériel, taper un OFNI, voire un autre bateau de plaisance ou de commerce. Cette nuit j’ai doublé un bateau qui n’était pas visible sur l’AIS, ça fait drôle ! La probabilité est faible mais elle existe… donc je fais très attention. »

 Quelles conditions attends-tu pour les heures qui viennent ?

« L’alizé va se renforcer à 25 nœuds et les derniers jours vont être plus musclés à partir de ce soir. Je me prépare à ça :  je vais réduire la toile et changer de voile d’avant ; on a fait spécialement pour cette course un petit gennaker de capelage (c’est-à-dire qu’il ne va pas jusqu’en haut du mât) qui devrait bien me servir maintenant pour naviguer stable, toujours rapide et en sécurité. Je m’y prépare sereinement, aujourd’hui, tous les voyants sont au vert et je veux continuer à naviguer le plus proprement possible. Ce qui passe par bien gérer le bonhomme, bien récupérer, bien manger et naviguer rapidement mais pas furieusement, comme on dit souvent. »

Quel jour penses-tu arriver à Pointe-à-Pitre ?

« A priori dans la nuit du 14 au 15 novembre, quelque chose comme ça. Mercredi soir ou jeudi matin. »

Tout va pour le mieux à bord de RÉAUTÉ CHOCOLAT ! Armel Tripon navigue maintenant au large de l’archipel des Canaries et tous les voyants sont au vert pour reprendre une vie normale et glisser sous gennaker dans les prémices des alizés. Il est trop tôt pour savoir si la route Sud sera payante au final mais, sur cette trajectoire, c’est un sans-faute pour l’instant.

RÉAUTÉ CHOCOLAT navigue ce matin une centaine de milles dans l’ouest des Canaries. Il vient de reprendre la 2eplace au pointage et de doubler la tête de flotte sudiste des monocoques du Vendée Globe. Armel Tripon est passé devant les bateaux de Yann Eliès, Vincent Riou et Paul Meilhat et est parfaitement reposé pour jouer à fond sa carte de la route sud, dans des conditions qui deviennent idéales, les premiers alizés. Nous l’avons joint au téléphone et le moins qu’on puisse dire est que le moral est au beau fixe…

Armel, comment vas-tu ce matin au grand large des Canaries ?

« C’est nickel ! Je suis sous gennaker, petit déjeuner en terrasse et j’ai totalement changé d’univers : il fait 20 degrés, c’est encore un peu gris, sur une longue houle agréable venant du nord qui permet au bateau de surfer quand je suis bâbord amures. C’est super agréable. Et c’est rigolo, je suis à la bagarre avec les IMOCA de Paul Meilhat et Vincent Riou, qui sont derrière moi maintenant. »

C’est le début des alizés ?

« Disons que ça y ressemble : j’ai 21 nœuds de vent en ce moment et je suis passé en mode régate à jouer avec les premiers grains, ce qui donne pas mal de manœuvres pour jongler avec les adonnantes et refusantes. Il faut jouer avec les oscillations du vent, les petites bascules, les nuages. J’ai enchaîné quatre empannages ce matin. Je pense qu’il faut encore se décaler un peu plus au sud pour récupérer de la pression, mais c’est vraiment agréable de naviguer vite comme ça dans de très bonnes conditions. Le bateau file sans effort à 20, parfois 25 nœuds. C’est un multi, il faut rester concentré évidemment, mais c’est jouissif. »

Physiquement, la course a été archi exigeante jusqu’ici. Tu as pu récupérer un peu ?

« Et bien je ne devrais peut-être pas dire ça… mais j’ai fait une nuit de malade ! J’ai dû engranger cinq heures de sommeil au total ! Et ça c’est excellent aussi parce que du coup je suis parfaitement d’attaque pour cette nouvelle course qui commence entre les copains du nord et moi. Rien n’est fait bien sûr, mais je suis toujours très content de ma position et de mon bateau. »

 Est-ce que c’est un problème de ne pas avoir d’adversaire direct dans ta zone de course, un autre Multi50 qui créerait de l’émulation ? 

« Non, ce n’est pas vraiment un problème car même si ça peut être excitant de faire une belle régate contre un adversaire proche, j’ai quand même les polaires, c’est-à-dire les vitesses théoriques du bateau selon les angles et la force du vent. Donc je me bats contre ces polaires pour être le plus rapide et efficace possible, un peu comme fait un chasseur de records. C’est un autre exercice que de la régate au contact, mais c’est très motivant aussi. Je ne sais pas ce que vont faire les autres évidemment, mais soit le grand duel nord/sud avec eux va continuer comme ça, soit ils devront descendre eux aussi mais y laisser probablement du terrain. J’ai déjà fait un duel route nord/route sud comme ça en Figaro, sur une transat en solitaire. C’était contre Nicolas Troussel à l’époque mais les positions étaient inversées :  j’en bavais sur la route nord, pendant que lui glissait sur la route sud. J’avais mené longtemps la course aux pointages officiels mais au final c’est Nico qui avait gagné… Sauf que cette fois, c’est moi qui suis dans le sud ! Mais évidemment la comparaison s’arrête là : les situations sont différentes, ce ne sont pas du tout les mêmes bateaux ni exactement la même météo. Absolument rien n’est fait et je ne tire surtout pas de plans sur la comète, je me concentre à naviguer le mieux possible, c’est tout ce que j’ai à faire ! »

On te sent très serein, voire joyeux. Il n’y a donc aucun problème à bord de RÉAUTÉ CHOCOLAT ?

« Si, comme je l’expliquais hier, le gros pépin c’est le manque de musique ! L’appareil sur lequel j’avais ma playlist a pris l’eau et donc maintenant c’est bateau sans musique. Jusque-là avec les grosses conditions qu’on a eues, ce n’était pas un problème, car pas trop possible d’en écouter… Mais là ce matin, pour le petit déjeuner en terrasse il me manque franchement quelque chose ! Je ne sais pas si je vais chanter uniquement du Gérard Lenorman jusqu’en Guadeloupe. Je vais peut-être essayer de trouver autre chose quand même. »

Le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT a passé le front de mauvais temps inquiétant hier soir et n’a plus de phénomènes dangereux devant les étraves de son trimaran. Très décalé dans le sud, Armel Tripon peut maintenant laisser la place à la stratégie et son moral est au beau fixe.

 

C’est un petit texto reçu vers 21h mardi soir en provenance d’Armel Tripon qui a rassuré tout le monde : « Front passé nickel. 35 nds max. Safe ! » Traduction rapide : le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT est passé sans encombre de l’autre côté de la tempête redoutée, avec des conditions bien moins dures que celles qu’on décrivait. Viriles mais correctes. Armel revient sur ce passage aujourd’hui : « J’étais prêt, avec trois ris dans la grand-voile et le J3 (toute petite voile d’avant). Je ne peux pas avoir moins, ou alors au pire la grand-voile seule, mais là ça ne se justifiait pas. Le front est monté progressivement à 30 nœuds, puis des rafales à 35 ou 36 nœuds mais vraiment jamais plus. En tout cas il n’y a jamais eu 50 nœuds. Le bateau passait super bien, dans trois mètres de creux environ. Pas de souci ! »

« Premier objectif atteint »

Armel Tripon ajoute « Clairement, on a atteint le premier objectif qui était d’arriver le plus sud possible pour éviter le plus gros du coup de tabac. C’est vraiment le point très positif de ce début de course. J’ai passé le front vraiment détendu, sans exagérer !»

Résultat, Armel Tripon est repassé en une demi-journée de la 5eà la 2eplace, mais il est surtout le seul dans sa zone de navigation et peut choisir sa trajectoire librement. Car le gros de la flotte des Multi50 est loin, 340 milles dans le nord (soit 630 km) et Lalou Roucayrol, reparti ce matin de Porto, est 240 milles (environ 450 km) derrière lui. « Tout se passe bien, derrière le front c’est assez peu actif, mais on reprend des milles aux petits camarades. Pourvu que ça dure ! Il y a du soleil, il doit faire 18 degrés, une longue houle… C’est assez agréable et je n’envie pas du tout les copains du nord qui, eux, ont encore des conditions difficiles à affronter.»

Et maintenant ? Place à la stratégie. « J’ai ma petite idée évidemment, mais pour l’instant c’est secret défense ! Tout ce que je peux vous dire c’est que les choix ne sont pas faciles à faire et que rien n’est fini. Et il faut toujours être vigilant, par exemple pour ne pas se faire surprendre trop toilé dans un grain, car j’ai toute la voile possible dessus maintenant…»

Retardé dans la zone de vents faibles lundi matin, le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT a réussi ensuite un coup superbe en traversant vite le golfe de Gascogne, avant de glisser le long du cap Finisterre juste avant l’arrivée de très grosses conditions. Il a pu être joint ce matin au téléphone et nous a expliqué sa joie d’être ainsi placé… tout en prévenant que l’après-midi allait être délicat une fois qu’il aura viré de bord vers l’Ouest, probablement un peu avant Lisbonne.

 

« Je vais très bien ! J’ai même réussi à dormir cette nuit et à faire quelques siestes hier. Je suis super content d’être là, dans le sud le long du Portugal, car franchement je ne me voyais pas aller sur l’option nord où je considère que la mer va être vraiment trop forte pour nos bateaux. » Armel Tripon est un marin heureux ce mardi, et sa voix est parfaitement calme et sereine. Avec sa cellule de routage, le choix de longer le dispositif de séparation du trafic du cap Finisterre a été payant : l’objectif était de faire le plus possible de gain vers le sud pour avoir à la fois moins de vent et moins de mer à négocier et c’est très exactement ce qu’il s’est passé, in extremis, à quelques heures près.

Armel Tripon raconte : « Je n’ai jamais eu plus de 33 nœuds de vent, là j’ai 25 à 28 nœuds et une mer pas trop formée, correcte, qui me permet d’aller encore vite. J’ai allumé pour revenir sur Lalou(Roucayrol) mais surtout pour gagner le plus de terrain possible vers le sud. Je vise un waypoint vers 40° (un peu au nord de Lisbonne) où je vais faire un virement de bord pour partir dans l’Ouest et aller affronter le front. » Ce virement devrait intervenir dans la journée.

Passage délicat ce mardi après-midi

Attention, « cela ne veut pas dire que ce sera facile. Rien n’est fait !», prévient le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT, « mais si tout se déroule comme on l’imagine, moi je n’aurai cet après-midi que 35 à 40 nœuds de vent et 3 à 4 mètres de creux au moment de traverser le front. Ce qui reste encore maniable, alors que ce sera bien plus fort et bien plus violent pour ceux qui sont restés dans le nord où, encore une fois, moi je ne voulais pas aller. Voilà pourquoi je dis que je suis très heureux d’être ici, en forme, avec un bateau à 100% qui n’a subi aucune avarie. La journée va être dure, bien sûr, mais elle le sera bien moins que pour mes collègues du nord. Et si tout va bien, je peux espérer être passé derrière le front dès ce soir. »

Il faut donc croiser les doigts pour que RÉAUTÉ CHOCOLAT franchisse l’obstacle sans encombre dans les heures qui viennent. Et comme Lalou Roucayrol, l’autre « sudiste » des Multi50 a décidé de faire un arrêt à Porto, Armel Tripon se retrouve seul en tête sur la route sud.  Et il ne faut pas se focaliser sur les classements officiels pour le moment car ceux-ci, calculés sur la route directe, privilégient mathématiquement les nordistes. Mais le mieux placé des skippers en Multi50 – au moins pour préserver son bateau, mais pourquoi pas également pour un futur leadership dans les alizés – c’est bel et bien Armel Tripon.

Après son départ mémorable de Saint-Malo, le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT enchaîne parfaitement et est en confiance. Pour lui ce midi, tous les voyants sont au vert… et la concentration maximale pour d’abord choisir le bon moment du virement de bord, puis faire le dos rond dans les conditions rudes du passage de front, qui ne vont durer que quelques heures. « Ce soir normalement je suis tiré d’affaire, bonne journée à tout le monde ! »

C’est parti pour la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et RÉAUTÉ CHOCOLAT ne pouvait pas rêver mieux !  Armel Tripon a pris le meilleur départ des Multi50, viré le mythique cap Fréhel en tête et tenait encore le leadership après plus de deux heures de course. Quelle fête !

Il était tendu avant le départ, Armel Tripon – comme rarement on l’avait vu avant une grande course – mais ça valait le coup ! Quel spectacle ce dimanche midi au large de Saint-Malo quand le skipper de RÉAUTÉ CHOCOLAT a choisi une préparation de départ sous le vent, relativement loin des cinq autres Multi50, mais parfaitement lancé, avec la bonne toile… C’était la bonne stratégie, excellente même, car lancé à pleine vitesse, RÉAUTÉ CHOCOLAT coupait la ligne juste derrière les trois Ultimes géants de Thomas Coville, François Gabart et Armel Le Cléac’h… et même devant Francis Joyon et Sébastien Josse, tous à bord de trimarans de 30 mètres ! Avec un meilleur angle au vent de sud-est d’une vingtaine de nœuds, Armel Tripon a ensuite devancé ses cinq vrais concurrents – les autres Multi50 – en s’échappant de Saint Malo à 30 nœuds de vitesse sur ses foils, prenant quelques longueurs d’avance et virant le cap Fréhel une demi-heure seulement après le départ, donné comme prévu à 14h… Sublime, juste sublime !

Comme dans un rêve

Car enfin, quelle fête pour les supporters du skipper nantais et de RÉAUTÉ CHOCOLAT que de voir leur skipper signer ce départ incroyable d’autorité, de vitesse et de précision, devant les dizaines de milliers de spectateurs massés sur les falaises du cap Fréhel. Impossible de rêver meilleure entame évidemment et deux heures après le départ, RÉAUTÉ CHOCOLAT menait encore la flotte des Multi50, juste derrière les Ultimes géants et devant les monocoques IMOCA du Vendée Globe.

 La Route du Rhum est partie et donc formidablement partie pour RÉAUTÉ CHOCOLAT et Armel Tripon, même si l’on sait bien que ce ne sont que les toutes premières heures de course et qu’il faudra négocier le passage d’une grosse dépression dans le golfe de Gascogne dans la journée de mardi. On estime à environ 9 à 10 jours le temps qu’il faudra aux Multi50 pour rejoindre la Guadeloupe, soit deux jours de moins que le record actuel dans cette catégorie. D’ici là, il va y en avoir des aventures, des changements de leaders et des péripéties, évidemment. Mais commencer la course comme ceci est forcément excellent pour le moral du marin solitaire, qui voit maintenant s’éloigner les derniers bateaux spectateurs et se retrouve seul devant l’immensité atlantique. A 16h, soit deux heures après le départ, RÉAUTÉ CHOCOLAT filait encore à 24 nœuds et était crédité de 5 milles d’avance sur ses deux plus proches concurrents, à savoir Thibault Vauchel-Camus et le grand favori Erwan Le Roux. Bravo Armel, c’est du grand art ! 

Les derniers mots d’Armel Tripon avant le départ :

« Le départ est un vrai soulagement : c’est le moment où tu es de nouveau à ta place, dans ton élément, où tu dois faire ce que tu sais faire et le mieux possible. C’est pour ça que toute l’équipe de RÉAUTÉ CHOCOLAT a travaillé si dur et si bien, alors il faut y aller. Forcément, ça fait un peu bizarre de quitter tout le monde, mais en même temps toute la pression de l’événement – énorme et assez énergivore – va retomber dès que les derniers bateaux spectateurs auront disparu et qu’on sera seuls en mer. Je ne ressens pas de peur, ce n’est pas le mot, mais il y a forcément un peu d’appréhension et une part d’inconnu. C’est salutaire d’ailleurs cette boule au ventre, il faut qu’elle soit là, ce ne serait pas normal de ne pas ressentir une forme de stress avec les conditions qu’on va affronter, notamment mardi dans le gros temps. Il faudra savoir doser la vitesse : ne pas être trop lent pour ne pas subir, mais ne pas être trop rapide non plus pour ne pas faire en permanence du saut de vagues. J’ai une grande confiance dans mon bateau, dans ma préparation, je suis en alerte… On sait que la Route du Rhum ne se gagnera pas forcément dans les trois premiers jours de course mais en revanche on sait aussi qu’elle peut se perdre dans ces mêmes trois jours. Donc voilà, il faut doser et tout se passera bien ! »

A trois jours du grand départ de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, Armel Tripon nous explique les grandes lignes d’une météo encore instable, et donc à prendre avec les précautions qui s’imposent. Une chose est sûre : la mer sera forte dans le Golfe de Gascogne, avec peut-être des creux de 5 à 6 mètres. Les trois premiers jours de course seront engagés et l’épisode le plus fort devrait intervenir dans la nuit de lundi à mardi. Le skipper du Multi50 RÉAUTÉ CHOCOLAT reste pourtant très serein, avec la sensation d’être parfaitement préparé à affronter le gros temps.

 

Armel, à trois jours du départ, est-ce que les modèles météo sont enfin stables et permettent une prévision fiable ?

« Non ! Entre hier soir (mercredi) et ce jeudi matin, ils ont encore beaucoup évolué. Il va falloir actualiser en permanence, jusqu’au dernier moment, pour avoir une idée plus précise. Autrement dit, tout ce que je peux dire sur la météo aujourd’hui est à prendre avec des pincettes et risque d’être remis en cause quelques heures plus tard. Ce qui est à peu près certain c’est que la mer sera forte et qu’il y aura sans doute quelques heures très musclées dans la nuit de lundi à mardi, quelques heures dans du vent fort de sud-ouest et une mer grosse qu’il faudra gérer au mieux. »

Tout dépend de l’évolution d’une dépression secondaire qu’on a encore du mal à bien « lire » ?

« Exactement. De sa vitesse et de sa trajectoire dépendront pas mal de choses sur la force et l’orientation du vent. La seule vraie certitude est que la mer sera forte, avec 5 à 6 mètres de creux. Mais en même temps les phénomènes passent assez vite. Sans trop s’avancer on peut dire que les trois premiers jours de course seront les plus engagés, mais avec un peu de chance en trois jours nous serons déjà aux Açores et on sera donc tiré d’affaire. »

Même s’il est sujet à évolution, peut-on essayer de préciser le déroulé ?

« La première nuit de course sera plutôt sympa : elle permettra de sortir de la Manche dans de bonnes conditions. Le vent va rentrer gentiment en fin de journée, puis forcir en milieu de nuit. Le plus délicat sur ce qu’on voit aujourd’hui ça pourrait être de 18h à minuit dans la nuit de lundi à mardi. Mercredi on sera passé, voire dès mardi après-midi, même si évidemment il restera de la mer. »

Le départ de dimanche en lui-même ne pose pas trop de souci, dans du vent de sud ?

« A priori ça devrait aller. On sortirait de la Manche assez rapidement au reaching (vent de travers) dans un vent d’une vingtaine de nœuds. En l’état actuel des prévisions, l’idée serait de mettre cap vers l’ouest, pour pouvoir potentiellement contourner le plus fort de la dépression par le nord. Ensuite, il faudra bien descendre vers le sud pour aller chercher la deuxième dépression qui arrive avec des conditions assez fortes, a priori 35 à 40 nœuds de vent et une mer très formée dans le Golfe de Gascogne. On a du boulot avec ma cellule de routage pour trouver le meilleur moment, la meilleure trajectoire. Le gain dans le sud est à priori intéressant car plus tu es sud et moins tu as de vent et de mer. Mais encore une fois les phénomènes passeront vite pour nous, à nos vitesses de bateaux. Il faut passer les trois premiers jours sans encombre, sans casser de matériel, et après ce sera plus tranquille avec d’autres problématiques, comme trouver la meilleure façon de rejoindre les alizés qui sont pour l’instant complètement cassés. »

C’est une entrée en matière musclée pour ta vingtième transatlantique !

« Oui, c’est une météo tonique…  le Rhum en somme ! Au mois de novembre dans ce sens-là on ne peut pas trop prétendre à des conditions tranquilles !  Je me sens toujours très zen, j’ai la sensation d’être parfaitement préparé, d’avoir tout fait pour que les choses se passent le mieux possible. Je garde le maximum d’énergie en essayant de m’isoler. Je coupe mon téléphone, car les sollicitations sont incessantes ici à Saint-Malo. Je ne peux pas faire un pas sur le bateau ou les pontons sans être demandé, il y a un monde fou je n’ai jamais vu ça… et encore je n’ai pas la célébrité d’un Thomas Coville, par exemple ! C’est incroyable cet engouement. On sent bien qu’on est au cœur d’un très grand événement. »

Le Multi50 RÉAUTÉ CHOCOLAT est arrivé sans souci hier mercredi dans les bassins de Saint-Malo. A dix jours du grand départ de la Route du Rhum Armel Tripon revient sur son programme et son état d’esprit avant le grand saut transatlantique.

 

Comment s’est passé le convoyage de RÉAUTÉ CHOCOLAT entre la Trinité sur mer et Saint Malo ?

« Beau temps belle mer… mais la moitié au moteur ! Si je résume on n’a pas eu trop de vent. La météo a été clémente, c’était plutôt tranquille. Nous étions en équipage à quatre, dont mon fils de 14 ans, Léo, qui a bien apprécié. Je préfère avoir eu ce genre de conditions, car le dernier convoyage avant une grande course comme le Rhum implique toujours un peu de stress : ce n’est pas le moment de se réveiller face à un cargo ou un bateau de pêche ! Donc nous avons fait une veille permanente très attentive. Il y a déjà beaucoup de monde sur les pontons et c’est déjà animé. On sent que c’est un grand événement, sans commune mesure avec toutes les autres courses… Une quarantaine d’écoles nous suit, on sent de l’engouement de partout. Et mon partenaire RÉAUTÉ CHOCOLAT a mis aussi le paquet sur cette course en organisant beaucoup de choses à Saint-Malo. C’est un vrai travail d’équipe aussi de ce point de vue-là. »

Quel sera ton programme pour ces dix derniers jours avant le grand départ ?

« L’idée est surtout de trouver le bon équilibre entre les nombreuses sollicitations médiatiques et des partenaires – auxquelles il faut évidemment savoir répondre car cela fait partie intégrante de notre métier, cela fait partie du jeu – mais il faut aussi savoir s’isoler par moment pour ne pas gaspiller trop d’énergie. Il s’agit de trouver le bon équilibre pour que tout le monde y trouve son compte, son plaisir, et soit satisfait. La Route du Rhum est un événement hors normes et une course hors normes. A moi de savoir bien placer le curseur. »

Techniquement, le bateau est plus que prêt ?

« Exactement. Sur la partie technique tout est parfaitement validé, le bateau est fin prêt. On a fait tout ce qu’on voulait et pouvait faire. Même l’avitaillement est déjà à bord, il n’y a plus qu’à le compléter au dernier moment avec les produits frais. Vincent Barnaud et Matéo Lavauzelle sont avec moi pour d’éventuels derniers détails, mais s’il fallait partir demain nous pourrions. Notre équipe est bien en place. »

Dans quel état d’esprit es-tu, maintenant que le compte à rebours final est enclenché ?

« Il y a forcément un peu d’excitation, mais je me sens très serein, je suis plutôt zen. J’ai le sentiment d’être prêt, d’avoir fait ce que j’avais à faire dans le temps imparti sur ma préparation et celle du bateau, sur les options techniques qu’on a pu prendre, d’avoir mes repères pour être le plus à l’aise possible. La semaine dernière, nous avons fait un dernier entrainement de 24 heures avec Erwan (Le Roux) et c’était super intéressant. Contre le bateau référence de la flotte des Multi50, j’étais assez à l’aise en vitesse, à toutes les allures. C’est toujours bon à prendre pour augmenter le capital confiance à quelques jours du départ. D’une manière générale, j’ai été super bien entouré tout au long de ce projet qui voit son aboutissement aujourd’hui. Je pense que c’est aussi ce qui explique que je me sens vraiment serein pour ma vingtième transatlantique en course, mais la toute première en multicoque et en solitaire. »

Ta cellule de routage est également bien en place…

« Oui, Vincent Barnaud, Tanguy Leglatin et Nicolas Lefriand seront mes anges-gardiens. Ils vont me router, me guider à travers l’Atlantique. Nous avons fait un dernier briefing il y a quelques jours et nous savons que notre organisation fonctionne, entre autres parce que nous l’avons déjà testée en conditions réelles sur deux courses cette année : la 1000 Milles des Sables et la Drheam Cup. Et tout a bien fonctionné. Nous sommes en place. »

A part le fait de courir en multicoque et non en IMOCA, quelle différence fais-tu avec l’édition 2014 ?

« Ce qui change depuis 2014, c’est que je connais déjà l’événement. Donc je suis moins étonné, moins pris par toute l’émotion qu’il peut y avoir autour de la Route du Rhum ici, à Saint-Malo. Même si c’est une découverte de le faire en multicoque – ce qui est un gros challenge – j’ai la sensation d’être plus aguerri, plus en confiance qu’il y a quatre ans. Et puis cette année, la course intervient comme un aboutissement du programme Multi50 avec RÉAUTÉ CHOCOLAT, ce qui n’était pas le cas voilà quatre ans. J’ai très envie de bien faire pour terminer en beauté cette superbe aventure avec cette entreprise qui m’a accordé sa confiance. »

 

Il est encore trop tôt pour parler de prévisions, mais la météo idéale pour toi et RÉAUTÉ CHOCOLAT, ce serait quoi ?

« Si je peux choisir, alors ce serait tout au portant dans du vent un peu soutenu ! Un vent de 20 à 25 nœuds ça m’irait très bien… et traverser l’Atlantique en 8 jours ce serait juste génial. J’espère qu’on n’affrontera pas trop d’enchaînements de grosses dépressions, car nos bateaux sont surtout faits pour glisser. On fera avec ce qu’il y aura, bien sûr, mais dans l’idéal ce serait ça : une belle transat de glisse au vent portant, pour faire une grosse bagarre à grande vitesse avec les copains ! On a le droit de rêver, non ? »

Dans un mois jour pour jour sera donné le départ de la plus mythique des transatlantiques en Solitaire : la Route du Rhum Destination Guadeloupe. A bord du Multi50 RÉAUTÉ CHOCOLAT, Armel Tripon peaufine sa préparation avec l’objectif de jouer à fond son rôle d’outsider, face aux plus expérimentés Erwan le Roux et Lalou Roucayrol, entre autres.

A un mois du départ, où en es-tu de ta préparation ?

 « Le bateau est fin prêt, en configuration solitaire ; nous sommes maintenant dans les petits ajustements, les détails. Et depuis la fin des Grands Prix en équipage, je n’arrête pas de naviguer en solo à bord de RÉAUTÉ CHOCOLAT. Je suis seul sur l’eau toutes les semaines, j’essaie d’aller chercher des conditions un peu rudes, en rapport avec ce que nous allons connaître pendant la course. Je fais des nuits en mer aussi. Pour résumer, je fignole mes repères. »

Cela veut dire quoi au juste « bateau en configuration solo » ?

« Concrètement, c’est peaufiner l’ergonomie, la protection, la configuration des deux pilotes automatiques que je peux utiliser. On a aussi travaillé sur les données de performances qu’on enregistre, l’ajustement des polaires (prédictions de vitesse théorique, ndr), le marquage des réglages en solo avec les nouvelles voiles ou encore affiné les réglages des systèmes anti-chavirage. »

Naviguer en solo jusqu’au dernier moment avant le convoyage vers Saint-Malo te permet aussi de prendre de la confiance ?

« Oui bien sûr. Traverser l’Atlantique en multicoque est tout sauf anodin et chaque fois que je vais chercher des conditions musclées – je suis allé jusqu’à des vents de 35 à 40 nœuds quand même – cela permet d’emmagasiner de la confiance sur les manœuvres, les réglages, les anticipations. C’est essentiel car ce n’est évidemment pas du tout la même chose que naviguer en équipage, où chacun a un rôle bien précis. En solo tu dois savoir tout faire. Tu dois aussi être capable de te reposer, d’aller dormir à haute vitesse. Tu dois naviguer à la fois vite et en sécurité, le premier objectif est toujours de d’abord terminer la course. »

Et c’est forcément plus engagé en multicoque qu’en monocoque ?

« Oui, car en multi tu es toujours un peu sur le fil. Et donc tu dois savoir encore plus anticiper, prévoir ce que tu dois faire et placer les curseurs au bon endroit. Sur ces engins, quand tu passes seul un front avec 40 nœuds de vent comme j’ai pu faire ces dernières semaines, tu prends des infos mais aussi de la confiance en toi, tu gommes tes dernières zones d’ombre. J’ai le sentiment de m’être très bien préparé. »

Côté objectifs sportifs, le statut d’outsider te convient-il ?

« Oui. Sur le papier il est évident qu’Erwan (Le Roux) et Lalou (Roucayrol) sont les deux grands favoris, ils sont les deux marins qui ont le plus d’expérience en Multi50 sur les six au départ de cette course. C’est simple, Erwan a gagné la dernière Route du Rhum et Lalou a gagné la dernière Transat Jacques Vabre devant Erwan… C’est assez parlant. Ceci dit, je pars toujours pour essayer de gagner, en tout cas pour tenter de conquérir le podium. Après, tout dépend des conditions météo, des circonstances de course, des éventuels pépins techniques… Une transat a toujours une part d’aléatoire importante et rien n’est jamais écrit à l’avance ! »

Quels sont les points forts du tandem Armel Tripon-RÉAUTÉ CHOCOLAT ?

« Nous avons démontré cette saison que nous avions une bonne vitesse, on a souvent navigué aux avant-postes. Sur ses foils, RÉAUTÉ CHOCOLAT a un comportement très sain, très marin, il passe bien dans la mer. On a une bonne capacité à accélérer et aussi à maintenir longtemps des vitesses élevées. Le bateau est éprouvé, on a beaucoup travaillé sur le sujet primordial des pilotes automatique, sur le routage, sur les configurations de voile. On a notamment fait faire un petit gennaker de capelage qui s’avère très performant dans la brise. Je dirais que c’est un très bon bateau de large. »

Le compte à rebours est enclenché, ça va venir très vite…

« Oui, dans trois semaines il faut être à Saint-Malo avec le bateau. Mais pas de stress, tout est fin prêt. On peaufine vraiment des détails et je continue à m’entraîner tous les jours, juste pour être bien dans le rythme. »